Création & Gestion

Apport en industrie en SARL ou SAS : fonctionnement, droits et limites

Devenir associé en apportant son savoir-faire sans argent : apport en industrie en SARL et SAS, parts d'industrie, droits aux bénéfices et au vote, risques.

La rédaction, Entreprendre en Aquitaine • • 9 min de lecture
Deux associés fondateurs échangent dans un atelier de start-up autour d'un prototype technique, sur le point de se serrer la main.

Vous avez la compétence technique, le réseau commercial ou le savoir-faire, mais pas l’argent. Votre futur associé a les fonds, mais pas votre expertise. L’apport en industrie permet de devenir associé d’une SARL ou d’une SAS en apportant son travail et ses compétences plutôt qu’un chèque.

Le mécanisme est légal et souple, mais méconnu et souvent mal rédigé. L’essentiel : l’apport en industrie n’entre pas dans le capital social, il donne des parts ou actions d’industrie incessibles, et ses droits (vote, bénéfices, sortie) doivent être fixés précisément dans les statuts. Voici comment l’utiliser sans créer de conflit futur.

0 €apporté au capital social
Incessiblesles parts et actions d'industrie
Statutsfixent seuls l'étendue des droits

Les trois types d’apports en société

Type d’apportExemplesEntre dans le capital ?Contrepartie
Apport en numérairesomme d’argentouiparts ou actions de capital
Apport en naturematériel, fonds de commerce, brevet, véhiculeoui, après évaluationparts ou actions de capital
Apport en industrietravail, savoir-faire, expertise, réseaunonparts ou actions d’industrie

L’apport en nature d’un bien incorporel déjà existant (un brevet déposé, un logiciel achevé, une marque) n’est pas un apport en industrie : il entre dans le capital et suit les règles d’évaluation des apports en nature. L’apport en industrie vise une activité future au service de la société.

Comment fonctionne l’apport en industrie

Un engagement d’activité dans la durée

L’apporteur s’engage à mettre à disposition de la société son travail ou ses compétences, dans les conditions prévues par les statuts : nature de l’activité, durée, éventuellement temps consacré. Il doit à la société tous les gains qu’il réalise par l’activité faisant l’objet de son apport : il ne peut pas exercer pour son propre compte une activité concurrente de celle qu’il a apportée.

Pourquoi l’apport ne compte pas dans le capital

Le capital social sert de gage aux créanciers. Or un travail futur ne peut pas être saisi ni vendu. La loi en tire la conséquence : l’apport en industrie ne concourt pas à la formation du capital. Les titres d’industrie s’ajoutent aux titres de capital, sans augmenter le montant de celui-ci.

Ce que reçoit l’apporteur

  • En SARL : des parts d’industrie, dont les statuts fixent les modalités de souscription et les droits.
  • En SAS : des actions d’industrie inaliénables. Les statuts fixent leurs modalités de souscription et de répartition, ainsi que le délai au terme duquel elles font l’objet d’une évaluation selon les règles applicables aux apports.
Des titres attachés à la personne

Les titres d'industrie ne peuvent être ni cédés, ni transmis, ni saisis. Ils disparaissent en principe lorsque l'apporteur quitte la société ou cesse de lui apporter son activité. Ce n'est donc pas un patrimoine que l'on construit pour le revendre.

Les droits de l’apporteur en industrie

Droit aux bénéfices et à l’actif net

L’apporteur participe aux bénéfices et, le cas échéant, au boni de liquidation, selon ce que fixent les statuts. À défaut de stipulation, la loi lui attribue une part égale à celle de l’associé qui a le moins apporté. Cette règle par défaut produit souvent des résultats surprenants : si un associé a apporté 1 000 € et un autre 50 000 €, l’apporteur en industrie se voit attribuer des droits calqués sur l’apport de 1 000 €.

Droit de vote

Les titres d’industrie donnent en principe droit de vote aux décisions collectives. En SAS, la liberté statutaire permet d’aménager ce droit, par exemple en limitant le vote aux décisions qui touchent directement l’apporteur. En SARL, les statuts fixent les droits attachés aux parts d’industrie dans le respect des règles impératives de la forme sociale.

Contribution aux pertes

L’apporteur participe aussi aux pertes, dans les mêmes proportions que ses droits aux bénéfices, sauf stipulation contraire. Dans une SARL ou une SAS, sa responsabilité reste toutefois limitée : n’ayant rien apporté au capital, il ne risque pas de perdre une mise financière.

Clauses léonines interdites

Les statuts ne peuvent pas attribuer à un associé la totalité des bénéfices, ni l'exclure totalement des bénéfices ou des pertes. Une répartition très déséquilibrée en faveur ou au détriment de l'apporteur en industrie doit rester justifiée et proportionnée.

Les points à verrouiller dans les statuts

Un apport en industrie mal rédigé est une source classique de conflits entre associés. Les statuts, complétés si besoin par le pacte d’associés, doivent préciser :

  • la nature exacte de l’apport : compétences concernées, missions, éventuellement temps consacré ;
  • la durée de l’engagement ;
  • les droits financiers : pourcentage des bénéfices et du boni de liquidation, en chiffres ;
  • les droits de vote attachés aux titres d’industrie ;
  • l’exclusivité ou la non-concurrence de l’apporteur sur l’activité apportée ;
  • les cas d’annulation des titres : départ, inexécution, invalidité, décès ;
  • les conséquences d’une inexécution : comment constater que l’apporteur ne fournit plus son travail, et avec quelles suites.

Un exemple concret de répartition

Claire, ébéniste expérimentée, et Marc, ancien cadre disposant d’économies, créent une SARL de fabrication de mobilier sur mesure près de Bordeaux. Marc apporte 40 000 € en numéraire, qui constituent le capital. Claire apporte son savoir-faire, sa clientèle de prescripteurs et son travail à temps plein pendant au moins cinq ans.

Les statuts prévoient :

  • parts de capital : 4 000 parts de 10 € attribuées à Marc ;
  • parts d’industrie : attribuées à Claire, ouvrant droit à 45 % des bénéfices et du boni de liquidation ;
  • droits de vote : répartis à 55 % pour Marc et 45 % pour Claire ;
  • annulation des parts d’industrie si Claire cesse son activité dans la société, avec possibilité de souscrire à ce moment-là des parts de capital à un prix fixé par expert.

Sans ces clauses, la règle par défaut aurait attribué à Claire une part égale à celle de l’associé ayant le moins apporté, soit, ici, une part calquée sur l’apport de Marc. Le résultat aurait été un partage à 50/50 que ni l’un ni l’autre n’avait réellement voulu. Mieux vaut chiffrer.

Prévoir l'après-industrie

Le moment le plus délicat est la fin de l'apport : départ, maladie, désaccord. Une clause permettant à l'apporteur de convertir sa contribution passée en parts de capital, à un prix déterminé, évite qu'il reparte sans rien après des années de travail.

Apporteur en industrie, dirigeant ou salarié ?

L’apport en industrie n’est pas une rémunération

Les droits aux bénéfices de l’apporteur ne sont pas un salaire. S’il exerce aussi une fonction de dirigeant (gérant, président), il peut percevoir une rémunération au titre de ce mandat, avec le régime social correspondant.

Le risque de confusion avec un contrat de travail

Si l’apporteur est par ailleurs salarié de la société, il faut distinguer clairement ce qui relève de l’apport (activité d’associé) et ce qui relève du contrat de travail (fonctions techniques, lien de subordination, salaire). Un apport en industrie qui recouvre exactement un poste salarié crée une confusion juridique et sociale qu’il vaut mieux éviter. Faites valider le montage par un avocat ou un expert-comptable.

Apport en industrie ou autres outils pour associer un talent

Atouts de l'apport en industrie

  • Devenir associé sans aucun apport financier
  • Droit de vote et droit aux bénéfices immédiats
  • Pas d'évaluation financière à l'entrée en SARL
  • Titres non saisissables par les créanciers de l'apporteur

Limites

  • Titres incessibles : aucune plus-value à la revente
  • Annulation des titres en cas de départ
  • Règle par défaut défavorable si les statuts sont muets
  • Peu lisible pour les investisseurs et les banques

L’apport en industrie convient surtout aux petites sociétés entre partenaires où un associé apporte l’argent et l’autre le métier, sans projet de levée de fonds ni de revente à court terme. Pour une start-up qui vise une valorisation, d’autres outils sont souvent préférables :

  • apport en numéraire symbolique associé à une répartition négociée du capital ;
  • BSPCE, réservés aux sociétés éligibles, pour donner un accès au capital progressif et valorisable : voir notre article sur les BSPCE et leur fiscalité ;
  • attribution gratuite d’actions, pour les salariés et dirigeants, détaillée dans notre guide des actions gratuites (AGA) ;
  • augmentation de capital ultérieure réservée à l’associé talent, une fois la société valorisée.

En Nouvelle-Aquitaine, de nombreux projets naissent de l’association d’un artisan ou d’un technicien avec un partenaire financier. L’apport en industrie y trouve toute sa place, à condition d’être rédigé avec soin dès la constitution.

À retenir

  • L'apport en industrie est l'apport de son travail ou de son savoir-faire, sans argent ni bien.
  • Il n'entre pas dans le capital social et donne des parts ou actions d'industrie incessibles.
  • Les droits aux bénéfices et au vote doivent être chiffrés dans les statuts, sinon une règle par défaut défavorable s'applique.
  • Il est possible en SARL et en SAS, mais interdit en société anonyme.
  • Pour un talent appelé à valoriser sa participation, BSPCE ou actions gratuites sont souvent plus adaptés.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un apport en industrie ?

C'est l'apport par un associé de son travail, de ses compétences, de son savoir-faire ou de ses relations, au lieu d'argent ou de biens. L'apporteur s'engage à mettre cette activité au service de la société pendant la durée prévue. En contrepartie, il reçoit des parts ou actions d'industrie qui lui donnent des droits dans la société.

L'apport en industrie entre-t-il dans le capital social ?

Non. Un travail futur ne peut pas servir de gage aux créanciers : l'apport en industrie ne concourt donc pas à la formation du capital social. Les parts ou actions d'industrie s'ajoutent aux titres de capital, sans augmenter celui-ci, et ne peuvent pas être saisies par les créanciers.

Quels droits donnent des parts d'industrie ?

Elles donnent en principe droit au vote et à une part des bénéfices et de l'actif net, selon ce que prévoient les statuts. À défaut de précision, la loi attribue à l'apporteur en industrie une part égale à celle de l'associé qui a le moins apporté. D'où l'intérêt de fixer très précisément ces droits dans les statuts.

Peut-on vendre des parts ou actions d'industrie ?

Non. Les titres d'industrie sont attachés à la personne de l'apporteur : ils sont incessibles et intransmissibles. Ils sont en principe annulés lorsque l'apporteur cesse son activité au service de la société, quitte la société ou décède, dans les conditions prévues par les statuts.

L'apport en industrie est-il possible dans toutes les sociétés ?

Il est admis notamment en SARL, en SAS, en SNC et en société civile. Il est en revanche interdit dans les sociétés anonymes et les sociétés en commandite par actions, Les statuts doivent dans tous les cas en fixer les modalités.

Apport en industrie ou BSPCE : que choisir pour associer un talent ?

L'apport en industrie fait du talent un associé immédiat, avec droit de vote, mais sans possibilité de revendre ses titres. Les BSPCE ou les actions gratuites lui donnent un accès au capital, cessible et valorisable en cas de revente, avec un régime fiscal spécifique. Pour un profil appelé à rester durablement et à valoriser son investissement, les seconds sont souvent plus adaptés.

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