Droit & Assurance

Délai de paiement entre professionnels : la loi, les pénalités et comment se faire payer

Délai légal, pénalités de retard, indemnité de 40 € : le guide complet pour fixer vos délais de paiement et récupérer une facture impayée entre professionnels.

La rédaction, Entreprendre en Aquitaine 7 min de lecture
Une dirigeante d'entreprise consulte des factures et un relevé de compte sur son bureau, calculatrice à la main.

Trente jours pour payer une facture, ce n’est pas une option : c’est la règle par défaut fixée par la loi entre professionnels en France. Pourtant, dans la plupart des TPE et PME, les délais de paiement restent l’un des premiers facteurs de tension de trésorerie, souvent par méconnaissance des règles, parfois parce que le rapport de force avec un client plus gros dissuade de les faire respecter. Comprendre précisément ce que dit la loi, ce qui est négociable et ce qui ne l’est pas, change la donne : cela permet de fixer des conditions de paiement solides dès le devis, et de savoir exactement quoi faire le jour où une facture reste sans réponse.

Ce guide reprend le cadre légal du délai de paiement entre professionnels, les pénalités automatiquement dues en cas de retard, et la méthode concrète pour récupérer une facture impayée sans attendre des mois.

À retenir

  • Le délai légal par défaut est de 30 jours ; un délai plus long (60 jours max, ou 45 jours fin de mois) doit être expressément prévu au contrat.
  • Les pénalités de retard et l'indemnité forfaitaire de 40 € sont dues de plein droit, sans mise en demeure préalable.
  • Face à un impayé, la méthode progresse par paliers : relance, mise en demeure, puis injonction de payer ou référé-provision si nécessaire.

Le délai de paiement légal entre professionnels

Le principe : 30 jours à compter de la réception

Sauf mention contraire dans les conditions générales de vente ou le contrat, le délai de paiement entre deux professionnels est fixé à 30 jours à compter de la date de réception des marchandises ou d’exécution de la prestation de services. Ce délai s’applique automatiquement, même si rien n’a été précisé sur la facture, c’est le régime par défaut prévu par le Code de commerce.

Les dérogations possibles : jusqu’à 60 jours

Les parties peuvent convenir d’un délai plus long, mais dans une limite stricte : 60 jours à compter de la date d’émission de la facture, ou 45 jours fin de mois si cette modalité est explicitement prévue au contrat. Ce plafond n’est pas une simple recommandation : le dépasser expose l’entreprise débitrice à une sanction administrative, indépendamment de tout litige avec le fournisseur.

Certains secteurs disposent de règles dérogatoires spécifiques (agroalimentaire périssable, transport routier, BTP, grande distribution), fixées par la loi ou par des accords interprofessionnels étendus. Si votre activité relève de l’un de ces secteurs, vérifiez le régime qui s’applique réellement avant de fixer vos conditions de paiement.

ConfigurationDélai maximalPoint de départ
Défaut (rien de prévu au contrat)30 joursRéception des marchandises / exécution de la prestation
Délai négocié classique60 joursDate d’émission de la facture
Délai négocié « fin de mois »45 jours fin de moisDate d’émission de la facture
Secteurs dérogatoiresRégime spécifiqueSelon l’accord sectoriel applicable
Le délai doit figurer sur la facture

La date ou le délai de paiement doit être clairement indiqué sur chaque facture. C'est ce point de départ, et non une interprétation orale ou un usage tacite, qui fait foi en cas de litige. Une facture sans délai de paiement explicite retombe sur le régime par défaut de 30 jours.

Les sanctions automatiques en cas de retard de paiement

Des pénalités dues de plein droit

Contrairement à une idée répandue, les pénalités de retard ne nécessitent ni relance, ni mise en demeure préalable pour commencer à courir. Elles sont dues automatiquement dès le lendemain de la date d’échéance figurant sur la facture, calculées au prorata du nombre de jours de retard, à un taux au moins égal à trois fois le taux d’intérêt légal, sauf taux contractuel différent, qui ne peut être inférieur à ce plancher.

L’indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 €

En complément des pénalités, une indemnité forfaitaire de 40 € pour frais de recouvrement est due automatiquement par tout professionnel en retard de paiement envers un autre professionnel, quel que soit le montant de la facture. Elle s’applique de plein droit, dès le premier jour de retard, et peut être complétée par une indemnisation supplémentaire si les frais de recouvrement réels, honoraires d’un cabinet de recouvrement, par exemple, dépassent ce forfait, sur présentation de justificatifs.

30 joursdélai de paiement légal par défaut
60 joursdélai maximal négociable (ou 45 j fin de mois)
40 €indemnité forfaitaire due dès le 1ᵉʳ jour de retard

Bien se protéger dès la facturation

Les mentions à ne jamais oublier

Une facture correctement rédigée est la première ligne de défense contre les impayés. Elle doit mentionner sans ambiguïté la date d’échéance, le taux des pénalités de retard applicable, ainsi que l’existence de l’indemnité forfaitaire de 40 €. L’absence de ces mentions n’annule pas les sanctions légales, mais complique la relance et peut être elle-même sanctionnée sur le plan administratif.

Des CGV qui verrouillent les conditions de paiement

Vos conditions générales de vente doivent préciser le délai de paiement retenu, les modalités d’acompte le cas échéant, et une clause de réserve de propriété si la nature de votre activité le justifie. Un outil de facturation à jour évite l’essentiel des oublis, voir notre comparatif des logiciels de facturation pour automatiser ces mentions obligatoires plutôt que de les ressaisir à chaque devis.

Bonnes pratiques

  • Indiquer un délai et un taux de pénalité explicites sur chaque facture.
  • Relancer dès le premier jour de retard, sans attendre une semaine « par courtoisie ».
  • Demander un acompte pour les prestations longues ou les nouveaux clients.
  • Suivre ses encours clients dans un tableau ou un logiciel dédié.

Erreurs fréquentes

  • Accepter un délai de paiement oral « pour ne pas fâcher » un gros client.
  • Laisser une facture impayée sans relance pendant plusieurs semaines.
  • Renoncer aux pénalités de retard par crainte de perdre le client.
  • Confondre relance amiable et mise en demeure formelle.

Facture impayée : la méthode en quatre étapes

1. La relance amiable

Dès le lendemain de l’échéance, un premier message, e-mail ou courrier, rappelle le montant dû, la date d’échéance dépassée et le montant des pénalités déjà courues. Le ton reste factuel et professionnel : à ce stade, il s’agit le plus souvent d’un simple oubli.

2. La mise en demeure

Sans réponse après une ou deux relances, la mise en demeure formalise la demande par lettre recommandée avec accusé de réception. Elle fixe un délai précis pour le paiement, 8 à 15 jours en pratique, et mentionne explicitement les pénalités et l’indemnité forfaitaire. C’est aussi le document qui fera foi en cas de procédure judiciaire ultérieure.

3. L’injonction de payer

Si le débiteur reste silencieux, l’injonction de payer est une procédure judiciaire simplifiée, rapide et peu coûteuse devant le tribunal de commerce. Sur la base de la facture et de la mise en demeure, le juge rend une ordonnance que le débiteur peut contester dans un délai limité, à défaut de contestation, elle devient exécutoire.

4. Le recours à un commissaire de justice

Une fois la décision obtenue, un commissaire de justice (ex-huissier) peut la signifier au débiteur et engager le recouvrement forcé si nécessaire. Pour les situations les plus complexes ou lorsque le montant en jeu le justifie, l’accompagnement d’un expert-comptable ou d’un avocat en droit des affaires permet de sécuriser chaque étape et d’arbitrer entre recouvrement amiable, contentieux ou provision comptable pour créance douteuse.

Un impayé pèse toujours sur la trésorerie

Au-delà de la perte potentielle, chaque facture en retard immobilise une trésorerie que l'entreprise a déjà engagée en charges, salaires ou achats. Suivre ses encours de près n'est pas qu'une question juridique : c'est un enjeu direct de gestion du fonds de roulement, en particulier pour une structure qui démarre ou traverse une phase de croissance rapide.

Ce qu’il faut retenir avant de fixer vos conditions de paiement

Le délai de paiement entre professionnels n’est pas un simple usage commercial : c’est un cadre légal précis, assorti de sanctions automatiques que la loi active dès le premier jour de retard, sans qu’aucune démarche préalable soit nécessaire. Fixer un délai clair sur chaque facture, connaître le plafond de 60 jours, et ne pas hésiter à faire valoir pénalités et indemnité forfaitaire sont les trois réflexes qui protègent le plus efficacement la trésorerie d’une TPE ou d’une PME.

Face à un impayé persistant, la voie amiable reste toujours la première option, mais elle ne doit pas s’éterniser : passé un délai raisonnable sans réponse, la mise en demeure puis l’injonction de payer permettent d’agir vite, sans attendre que la créance ne devienne définitivement compromise. Un dirigeant qui maîtrise ces mécanismes négocie ses conditions de paiement avec plus d’assurance, et perd beaucoup moins de temps et d’argent à courir après ses clients.

Questions fréquentes

Quel est le délai de paiement maximum légal entre professionnels en France ?

Sauf accord contractuel différent, le délai de paiement légal entre professionnels est de 30 jours à compter de la réception des marchandises ou de l'exécution de la prestation. Les parties peuvent convenir d'un délai plus long, mais celui-ci ne peut en principe pas dépasser 60 jours à compter de la date d'émission de la facture, ou 45 jours fin de mois si cette option est expressément prévue au contrat. Au-delà, l'entreprise cliente s'expose à des sanctions, y compris en l'absence de tout litige commercial.

Peut-on négocier un délai de paiement plus long que 60 jours ?

C'est possible dans certains secteurs dérogatoires (agroalimentaire, transport, BTP notamment), qui bénéficient de règles spécifiques fixées par la loi ou des accords interprofessionnels étendus. En dehors de ces cas particuliers, dépasser 60 jours nets par accord entre les parties expose l'entreprise à un risque de sanction administrative, même si le fournisseur a signé le contrat en connaissance de cause. Mieux vaut vérifier le régime applicable à votre secteur avant de vous engager sur un délai long.

Comment calculer la pénalité de retard sur une facture impayée ?

La pénalité se calcule sur le montant TTC restant dû, au prorata du nombre de jours de retard, à un taux au moins égal à trois fois le taux d'intérêt légal, sauf taux différent fixé par le contrat, qui ne peut toutefois pas être inférieur à ce plancher. Ces pénalités sont dues de plein droit, sans qu'un rappel ou une mise en demeure soit nécessaire pour les faire courir : elles s'appliquent automatiquement dès le lendemain de la date d'échéance figurant sur la facture.

Qu'est-ce que l'indemnité forfaitaire de 40 euros et quand s'applique-t-elle ?

C'est une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement, fixée à 40 € par le Code de commerce, due automatiquement dès qu'un professionnel paie en retard une facture émise par un autre professionnel, sans condition de montant minimal. Elle s'ajoute aux pénalités de retard et n'a pas besoin d'être réclamée expressément pour être due, même si en pratique il est recommandé de la mentionner dans la relance. Si les frais de recouvrement réellement engagés dépassent ce forfait, une indemnisation complémentaire peut être demandée sur justificatif.

Quels recours en cas de facture impayée malgré les relances ?

La méthode progresse par étapes : relance amiable écrite, puis mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception fixant un délai de paiement. Si le débiteur reste silencieux, deux voies judiciaires rapides existent : l'injonction de payer, procédure simplifiée et peu coûteuse devant le tribunal de commerce, ou le référé-provision lorsque la créance n'est pas sérieusement contestable. Un commissaire de justice (ex-huissier) peut ensuite être mandaté pour signifier la décision et engager le recouvrement forcé.

Le délai de paiement légal s'applique-t-il aux marchés publics ?

Non, les délais de paiement des acheteurs publics obéissent à un régime distinct, généralement plus court (souvent 30 jours pour l'État et les collectivités, avec des variantes selon le type d'acheteur), assorti d'intérêts moratoires automatiques en cas de retard. Ce guide porte sur les relations commerciales entre entreprises privées ; pour un marché public, référez-vous aux clauses de paiement du contrat et, en cas de doute, à votre comptable ou à un professionnel du droit public.

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